16 avril 2005 – Ouest France
Retour sur vingt ans d’expositions d’Armel Le Sec’h, artiste peintre et écrivaine bretonne. Depuis ses premières toiles expressionistes celtiques jusqu’à ses grandes séries de dragons et de korrigans, une carrière entièrement dédiée à la culture et à la langue bretonne.

retranscription du texte scanné :
Armel Le Sec’h, artiste d’origine bretonne, partage aujourd’hui sa vie entre Plougasnou et le marais nantais. Fidèle à sa terre natale, elle y fête cette année ses vingt ans d’exposition. C’est pour elle l’occasion de revenir sur son parcours atypique et parfois chaotique, entre la peinture et la défense de la culture bretonne.
« Aujourd’hui je ne me cache plus ». Tout au long de sa carrière de peintre, Armel Le Sec’h s’est cherchée. Influencée par le regard des autres, elle a évolué dans un sens qui n’était peut-être pas celui qu’elle avait choisi. « Les gens voulaient que je sois plus lisible ». Son style a lui aussi changé, il a dévoilé peu à peu sa personnalité, révélant certainement un intérêt pour l’abstraction et une maîtrise du geste.
Armel Le Sec’h, née en 1941, est la petite-fille d’imprimeur et peintre. Installée avec sa famille à Paris dès 1946, elle apprend le breton par son père puis en suivant des cours à Montparnasse. À douze ans, elle commence la harpe, peu de temps après Alan Stivell (elle a longtemps été la première femme harpiste). Privée de son instrument à l’âge de trente ans, elle se tourne tout naturellement vers la peinture. Pendant près de vingt ans, elle fréquente également les « Seiz beur », un mouvement d’artistes bretons, avant de quitter la région parisienne pour le sud de la France. Elle s’intéresse alors de près au travail de Tal-Coat, Tapies ou Nicolas de Staël. « À Avignon, je peignais des personnages bretons qui dansent ». En Bretagne, où elle revient souvent pour travailler et exposer ses œuvres, elle fonde l’Académie bilingue des Arts de Bretagne en 1997.
L’artiste a commencé par des sujets assez classiques, des paysages, puis glisse vers l’abstraction. « Je préférerais ne pas être lue facilement ». Les personnages qui se distinguaient par leur silhouette se confondaient alors avec le fond flou, brumeux. « Je ne cherchais pas le réel, mais à rendre le mouvement ». Les tâches à l’acrylique apparues au hasard ont laissé peu à peu la place à un travail en couches successives de peinture à l’huile, étalées au couteau ou au doigt, de manière vive et instinctive. « Puis je dessine le personnage en blanc, toujours en mouvement (tout se termine par la danse) en n’utilisant pas beaucoup de couleurs parce qu’elles figent le mouvement. Si toutefois ils étaient figés, je les noyais dans le brouillard pour les faire disparaître. Aujourd’hui j’accepte mon dessin. Avant je voulais l’effacer ». Ses dernières peintures sont en effet plus abstraites, peut-être plus abouties, en tout cas plus proche de ce qu’elle a toujours voulu faire. Une liberté retrouvée, un nouveau souffle.

